Le temps passe. Mardi 17 avril 2007, de bonnes nouvelles de mon éditeur au courrier, le livre est en route, il faut attendre maintenant les délais de fabrication, les épreuves, le feu vert final de ma part qui ne devrait pas poser de problèmes. L’important est que la photo de Muriel donnée par Christian Marin soit en couverture. Pour le reste, je fais confiance à l’éditeur.
Voici l’une des rares (la seule ?) photo de Muriel parue dans un magazine de cinéma, en l’occurrence « Cinémonde », en 1966 à l’occasion de la sortie des « Sultans ». Je remercie chaleureusement la personne qui me l’a procurée. Jean Delannoy lors de la sortie du film en a voulu à Muriel parce qu’elle lui a fait faux bond le soir de la première (par timidité et peur de se voir à l’écran, véritable phobie chez elle). L’atmosphère sur ce tournage était tendue pour des questions de rivalités entre Gina Lollobrigida et Louis Jourdan, tel que le relate Philippe Noiret dans ses mémoires. Muriel dira plus tard s’être brouillée avec des tas de gens à cause de cette phobie de ne pas aimer se voir à l’écran.
Au cinéma, Muriel n’a pas eu de chance, car elle n’a tourné que quatre long-métrages. Dans « Les risques du métier », elle a un rôle très intéressant. Daniel qui m’aide depuis le début de ce forum s’est rendu dans une convention de collectionneurs, il m’a dit que Muriel ne figurait pas sur les photos d’exploitation du film avec Jacques Brel (les fameuses photos couleurs exposées dans les salles à l’époque), il n’y a que son nom sur l’affiche du film qui coûte 40 euros. Espérons que ce film sera réédité en DVD. Pour le reste, mais ce n’est pas une surprise, on ne trouve rien sur Muriel dans les conventions de collectionneurs cinéphiles. Elle est déjà tellement oubliée dans son propre domaine, la télévision.
Il est difficile de réaliser que l’une des personnes à qui je voulais faire lire la biographie, Francis, n’est plus là. Il a partagé trois ans cette passion, il était mon confident, cela l’amusait beaucoup, nous étions des ados. Ceux d’aujourd’hui trouveraient cette passion risible. Dans tous les cas, Muriel et Francis ne sont plus là, il ne reste que moi. C’était aussi une autre époque, où les gens étaient moins blasés et moins pressés. J’ai souvent constaté par la suite, sans parler spécialement du sujet « Muriel Baptiste », que les gens ne sont plus à l’écoute des autres, ou bien ils le sont un temps et ils se lassent vite. Les gens qui dépriment font fuir, il faut amuser la galerie ou quitter la table de jeu. On se replie alors dans la solitude, on ne se confie plus.
Il y a les amis, les copains, les relations, qui s’éloignent. Dans l’un de ses livres, Pascal Sevran dit qu’il ne faut pas courir après les personnes qui vous oublient. Il dit cependant un peu trop que cela lui est indifférent pour que cela soit la vérité. Qui peut dire qu’il aime vivre en ermite ? Qu’il accepte de ne plus susciter que l’indifférence ?
En 1973, j’imaginais que Muriel Baptiste était une personne épanouie et heureuse, c’est l’image qu’elle donnait, et que donnent en général les artistes. L’enquête que j’ai menée pour la biographie m’a démontrée le contraire. C’est là un point commun que j’étais loin de penser avoir avec elle. Je dis dans le livre qu’un jour, Muriel a fermé les portes et par les hasards de l’existence, je la suis dans cette voie. Un jour, je ne serai plus là pour personne. Comme dans la chanson de Michel Berger « Le paradis blanc », « le téléphone pourra sonner/il n’y aura plus d’abonné…».