CE QUI AURAIT DU ARRIVER/CE QUI EST ARRIVE
Muriel Baptiste a connu une carrière avortée et un destin tragique alors que tout, début 1973, laissait présager un tout autre destin.
Voici donc une réécriture de l’histoire, avec tout d'abord une première partie "fiction" - ce qu’il était le plus plausible d’imaginer après le triomphe des « Rois maudits », et ensuite la triste réalité. Pour imaginer une réécriture, un futur antérieur, je me suis basé sur le destin réel (et heureux) ainsi que les carrières d’autres comédiennes comme Diana Rigg (Chapeau melon et bottes de cuir) ou Carole Bouquet. Ce que je dépeints comme de la fiction n’a rien d’extravagant, c’est plutôt la vraie vie qui l’est.
FICTION
1973 : Muriel reçoit des propositions de rôles à la suite de son rôle de Marguerite dans « Les rois maudits »
On lui propose le rôle d’Armande dans « Molière pour rire et pour pleurer », elle est préférée à Caroline Cellier et c’est un nouveau feuilleton en six épisodes qui nous permet de la retrouver en novembre 73
1974 : Muriel choisit ses rôles avec parcimonie, se rend compte qu’elle est à un tournant de sa carrière et décide de refaire du théâtre. Elle réalise son rêve de jouer Célimène dans « Le misanthrope ». Après son échec au cinéma, elle rebondit au théâtre
1975 : Muriel s’éprend d’un de ses partenaires au théâtre et devient sa compagne
1976 : Muriel fait une pause professionnelle et met au monde une fille qu’elle appelle Margot (en souvenir de Marguerite de Bourgogne) qui deviendra elle-même actrice.
Je me base là sur un cas réel : Diana Rigg, dont certaines expressions évoquent parfois Muriel, devient maman d’une petite Rachael Stirling, aujourd’hui actrice reconnue en Grande Bretagne.
1977 : Muriel retrouve Claude Barma pour jouer dans la série « Dossiers danger immédiat », retrouve Yves Rénier son partenaire en 1968 du film « Le mois le plus beau pour un épisode du Commissaire Moulin » intitulé « Affectation spéciale » (dans la vraie vie l’actrice Maureen Kerwin qui ressemble un peu à Muriel) et concrétise un autre rêve : devenir Claudine de Colette, elle tourne les quatre épisodes (qui dans la réalité l’ont été par Marie Hélène Breillat)
1978 : Muriel est préférée à Claude Jade pour tenir le rôle de Véronique d’Hergemont dans le feuilleton « L’ile aux trente cercueils » d’après l’œuvre de Maurice Leblanc où elle retrouve à la fois Georges Marchal « le roi de fer » mais aussi Marcel Cravenne qui la dirigea en 1971 dans « Maigret aux assises »
1979 : Muriel accumule les triomphes à la télévision, a une vie privée heureuse, et songe à un retour au cinéma. Elle est contactée par le producteur Albert Broccoli qui cherche une actrice française pour un rôle dramatique dans le prochain James Bond avec Roger Moore.
Dans la réalité, c’est arrivé à Carole Bouquet qui venait de jouer « Cet obscur objet du désir » de Bunuel.
1980 : Muriel succède à Claudine Auger comme seconde actrice française à devenir James Bond girl (dans la réalité, c’est Carole Bouquet), elle tourne « Rien que pour vos yeux » aux côtés de Roger Moore. Ce dernier est né en 1927 et la production estime que Muriel, née en 1943, correspond à la tranche d’âge requise pour le rôle.
1981 : Avec la sortie du James Bond « Rien que pour vos yeux », dans le rôle de Melina Havelock, une jeune femme ivre de vengeance suite au meurtre de ses parents, Muriel Baptiste devient une vedette internationale.
1982 : Nouveau triomphe de Muriel au cinéma, elle est la partenaire de Delon dans « Le choc » de Robin Davis (Deneuve a joué le rôle dans la réalité)
1983 : Muriel joue aux côtés de Jean Pierre Mocky dans une tentative de film fantastique français « Litan » (Marie José Nat a joué le rôle dans la réalité)
Muriel est la vedette d’un autre film fantastique : « Le démon dans l’ïle » avec Jean Claude Brialy » (Anny Duperey a joué le rôle dans la réalité)
1984 : Muriel joue dans « Femmes de personne » au cinéma (Marthe Keller a joué le rôle en vrai)
1985 : Muriel continue d’alterner télévision, cinéma et théâtre. Elle joue au cinéma l’institutrice de « Drôle de samedi » (Dans la réalité, Thérèse Liotard, actrice qui a une vague ressemblance avec Muriel)
1987 : Muriel Baptiste fait l’objet d’interviews lors de la troisième diffusion des « Rois maudits » tout en continuant sa carrière.
1991 : Margot Baptiste, fille de Muriel, a seize ans et débute sa carrière d’actrice
(Dans la vraie vie, la fille de Diana Rigg, Rachael Stirling, est devenue une actrice reconnue
1995 : Muriel Baptiste joue en vedette invitée dans un épisode de « Navarro »
2005 : Muriel interviewée à l’occasion du remake des « Rois maudits » par José Dayan
2006 : Muriel a 63 ans mais cela ne se voit pas.
2007 : Muriel décide de se retirer et de se consacrer à d’autres activités
2008 : Margot est devenue une vedette et telle Laura Smet (fille de Nathalie Baye) ou Rachael Stirling. Mais elle est loin de me faire oublier sa mère.
REALITE
1973 : Après « Les rois maudits », Muriel ne reçoit que des propositions inintéressantes, des rôles de « minettes », qu’elle refuse.
On la voit dans la première diffusion télé des « risques du métier » en février, sur la 3e chaîne dans un court métrage de la série « Témoignages » et en mars avril dans le feuilleton policier « Le premier juré » qui dure 20 épisodes, et puis plus rien.
Ce sera notamment Caroline Cellier qui jouera Armande dans « Molière pour rire et pour pleurer
1974 : Dans Télé Poche, Muriel explique que dans la vie, elle aime rire et faire rire, mais qu’on ne lui propose que des rôles comme celui de Marguerite de Bourgogne, elle évoque aussi le tournage de « L’affaire Bernardy de Sigoyer » qui s’est mal passé.
« Les techniciens sur le tournage me considéraient comme un monstre, j’en étais gênée et mortifiée ».
L’ORTF diffuse enfin « la double vie de Mlle de la Faille » tourné début 71, et les deux derniers rôles de sa carrière : « Bernardy de Sigoyer » et « Un curé de choc »
1975 : La presse fait tomber Muriel Baptiste dans le silence total. On ne sait rien de ce qu’elle a fait cette année là
1976 : Nous ne savons absolument rien de ce que faisait Muriel Baptiste en 1976
1977 : rediffusion de « Zoé » et dernière interview de Muriel Baptiste, elle déclare qu’elle va revenir au café théâtre en octobre, ce qui n’arrivera jamais
1978 : On sait que Muriel habite toujours 24 rue Pigalle à Paris, un témoin compagnon d’une personne du métier la rencontre et ils mangent ensemble tous les trois.
Il décrit une Muriel qui n’a pas changé depuis les « rois maudits ».
1979 : Muriel part sans laisser d’adresse mais restera dans l’annuaire des comédiens jusqu’en 1982.
Nous avons l’avant dernier témoignage réel la concernant : sa meilleure amie comédienne la rencontre dans Paris, elle a épaissi et Muriel détourne le regard. Sans lui parler. Muriel a changé physiquement, son amie la reconnaît par ses fameuses bottes Courèges.
1980 : Plus aucune nouvelle de Muriel. Son amie comédienne apprend qu’elle travaille dans l’hôtellerie, sans plus de précisions.
1981 : Plus aucune nouvelle de Muriel.
1982. Dernière année d’inscription de Muriel dans l’annuaire des comédiens.
1983 : Plus aucune nouvelle de Muriel.
1984 : Aux abonnés absents
1985 : Le dernier témoignage, l’un de ses anciens partenaires la rencontre dans une rue de Paris, elle a grossi de 30 kilos et s’enfuit. On pense au cas d’ Elvis Presley, jadis mince et svelte.
1987 : Fan de la première heure, je commence une enquête de quatre années pour retrouver Muriel Baptiste, démarchant Claude Barma, Jean Piat, les archives du film, ses anciens voisins : en vain, je ne la retrouverai pas
1991 : Jérôme, le frère de Muriel, décède du sida le 13 octobre.
1995 : destin à la Jean Seberg, Muriel met fin à ses jours le jeudi 7 septembre à 18h dans son appartement parisien, dans le XVIIIe arrondissement. L’acte de décès est dressé le lundi 11 par un policier et un officier d’état civil
Aucun média n’annonce la nouvelle. Muriel repose au cimetière de Pantin.
2005 : Le dimanche 6 novembre, j’apprends dans « Ici Paris », dans une interview d’Hélène Duc, que Muriel s’est suicidée n’ayant eu aucun succès après « Les rois maudits »
2006 : 3 et 4 juillet, je me recueille sur la tombe d’Yvette Baptiste, dite « Muriel » à Pantin
2007 : 16 mai, parution de la biographie « Muriel Baptiste, la reine foudroyée » dont les faibles ventes démontrent que l’actrice est oubliée.
2008 : Je survis dans un monde sans Muriel Baptiste, qui n’a plus aucun intérêt. Je l’aime toujours. Pour l’éternité.
Dimanche 6 novembre 2005, l'après midi se termine, je viens de regarder pour la enième fois le film "Psychose" en VHS, un enregistrement qui date de 10 ou 15 ans.
Je ne suis pas en très bonne santé. En juillet 2005, des maux de ventre ont commencé et en août, le médecin enfin consulté m'a donné un traitement de quatre mois. Je dois donc logiquement le revoir fin novembre 2005. Son traitement n'est guère efficace. En cette fin d'après midi, je me rends aux toilettes et je prends un numéro de "Ici Paris" que ma mère (elle y est abonnée) a laissé traîner dans un coin.
Mes préocupations alors sont loin de Muriel Baptiste (Même si en septembre 2005 j'ai encore regardé "les rois maudits" et que j'attends la diffusion du remake dans l'espoir d'avoir des nouvelles d'elle). Je n'en ai plus depuis des années malgré une enquête menée entre 1987 et 1990 auprès de Barma, Jean Piat et d'autres, malgré des recherches sur Internet. Sa fiche sur Internet Movie Data Base ne mentionne pas la filmographie totale et s'arrête en 1974 avec "Un curé de choc", (c’est moi qui en 2006 mettrai à jour la liste et les dates de naissance et décès), un autre site "CA Emissions" d'archives télé parle de "Muriel Baptiste: biographie" pour dire: "Pas encore de biographie".
En novembre 2005, depuis une dizaine d'années, ma vie tourne à l'envers: un divorce pénible, des dettes pendant un temps, divers soucis et déjà en 1997 des problèmes de santé.
Et là, la foudre tombe sur moi en lisant "Ici Paris" et l'article sur "Les rois maudits": Hélène Duc annonce que Muriel Baptiste s'est suicidée car elle n'a eu aucun succès après "Les rois maudits".
A elle seule, cette nouvelle n'aurait pu me détruire, mais elle arrive après dix années de galère. L'accumulation de déceptions, de chagrins, de soucis m'a entraîné dans la dépression, les anxiolytiques, les somnifères, une thérapie.
Apprendre la mort de Muriel, avec dix années de retard, a été la goutte d'eau qui a fait deborder le vase.
Ce qui me faisait tant peur en 1997 et à l'été 2005 n'a plus d'importance. Le médecin qui devait me revoir fin novembre 2005 m'attend encore.
Moi qui ne sait plus pleurer, et ce depuis des années, je m'effondre en larmes le lundi 7 et le mardi 8 novembre 2005.
J'ai depuis écrit un livre, fait des blogs, et me suis recueilli sur la tombe de Muriel le lundi 3 et le mardi 4 juillet 2006. Ce mardi là, j'ai murmuré devant la tombe: "A bientôt".